Centre Culturel de l'Entente Cordiale - Château d'Hardelot - Le 17 août 2017 - 10h02
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L'outil : fonctionnalité d’un projet hors du commun

Un théâtre ‘Global,’ hors du temps

Le théâtre élisabéthain représente un point primordial de l’architecture et de la scénographie, un point qui revient sans cesse à travers les siècles. Sans toit, sans décors, joué dans la lumière naturelle du temps réel, en contact phonique avec le lieu réel de la ville de Londres, dans des formes d’une pureté géométrique irréductible appartenant à l’architecture vernaculaire (mais ornées parfois de représentations cosmiques); cet environnement produit les plus grands textes de l’histoire du théâtre.

Shakespeare nous semble proche, il semble incarner nos questionnements du XIXe siècle, précisément puisqu’il écrit dans ce contexte, sans illusion, sans style, s’adressant directement àl’imagination humaine. Si ce théâtre revient jusqu’aujourd’hui comme paradigme dans le travail et dans les pensées d’artistes comme Peter Brook et Ariane Mnouchkine, c’est parce qu’il exprime quelque chose de radical, de fondamental dans notre nature.

Pour être pleinement opérationnel dans un théâtre élisabéthain aujourd’hui - contrairement aux reconstructions dites ‘à l’identique’ comme le Globe à Londres - il faut assumer les exigences qui ont évolué -en matière de climat, de confort, de sécurité, d’accessibilité- et il faut prendre position pour digérer ces exigences dans un ensemble homogène, logique et - nécessairement - nouveau, hybride, honnêtement de notre époque, dépourvu de pastiche, de paradoxe et de contradiction.

Il ne s’agit donc pas de jouer seulement l’après-midi, sous la pluie: il faut concilier nos habitudes nocturnes de spectateurs -et la scénotechnique électrique, jeune de 110 ans- avec la pureté du toit scénique du Swan Theatre telle que nous la connaissons par la seule illustration claire de l’intérieur d’un théâtre du XVIe siècle. Il en va de même pour les volumes purs et uniques des théâtres du XVIe siècle: de nos jours il est nécessaire d’avoir, dans un théâtre, des ascenseurs, des espaces d’arrière-scène confortables, des espaces de stockage.

La forme de salle

Notre salle de 388 places occupe un cylindre de 17 mètres de diamètre. La scène élisabéthaine s’inscrit à l’intérieur du cercle des balcons (12 mètres de diamètre), le mur du ‘Tiring House’ (c’est-à-dire le mur scénique avec ses portes et balcons, derrière lequel se positionnent les espaces d’arrière-scène) y forme la limite; ce proscenium fait 5m30 de profondeur par 8 mètres de large, équivalent a l’aire de jeu du Rose Theatre de 1587 dont les fondations ont été fouillées en 1989 (voir schéma comparatif).Tout comme le théâtre Shakespearien, le public se rassemble dans une intimité totale autour de ce proscénium, encerclant l’action à 270 degrés. Le spectateur le plus éloigné du nez de scène se situe à 10 mètres de distance seulement (à comparer avec les 18 mètres pour une salle frontale de jauge équivalente).

Le mur scénique ‘à l’élisabéthaine.’

Le mur scénique mobile joue un rôle fondamental dans la densité de la salle en proscenium et dans sa transformabilité en d’autres formats. Il est également porteur de sens historiques, étant un élément architectural fixe dans la dramaturgie élisabéthaine qui permet de se débarrasser de tout élément de décor et de changement de scène. Le mur peut cacher un espion ou un fantôme, peut représenter la façade d’un palais, d’une maison ou les murs d’une ville, se servant de l’imagination du public pour «compléter » l’illusion. La seule représentation d’époque de ce mur que nous possédons, est une copie d’un croquis d’un visiteur Hollandais, Johannes de Witt (le Swan Theatre, en 1596, voir ci-contre). Sur cette image, la structure vernaculaire et pragmatique du bâtiment se poursuit sur la scène (ossature en bois massif, remplissage en briques ou lattes de bois et plâtre). Le mur est tout à fait simple, l’espace au niveau du balcon est probablement partagé entre des membres du public (une sorte d’espace ‘VIP’) et des comédiens. Le Globe, un bâtiment plus noble et plus vaste, possédait (d’après des récits écrits contemporains) des poteaux en faux marbre et une représentation du Zodiaque sur le soffite de l’auvent de la scène, ainsi qu’un mur scénique sculpté, s’inspirant probablement des ‘hall screens’ -c’est-à-dire que le mur séparatif et ornementé dans les grands halls institutionnels tel que Middle Temple Hall, où a joué Shakespeare (et qui subsiste dans son état quasi-originel).

Cette analyse nous porte à croire que la forme et le décor du théâtre élisabéthain a évolué tout aussi rapidement que la dramaturgie qui l’animait: nous pouvons supposer qu’il y eût une évolution depuis les espaces pragmatiques et quotidiens (qui servaient pour des spectacles taurins et d’ours avant d’être des théâtres) et les grands volumes construits sur-mesure qui accompagnaient les sommets de l’art dramatique élisabéthain et Jacobin.

Il a été dit en guise d’avant-propos que la salle que nous proposons présente plusieurs contradictions avec le théâtre qui l’inspire : absence d’auvent (à cause de l’éclairage scénique), toiture complète,parterre assis, etc. L’absence d’auvent est particulièrement à regretter dans la reconstitution de l’iconographie d’origine ; seul le mur et les colonnes (qui ne portent rien) subsistent. Nous proposonsdonc d’harmoniser ces éléments avec l’ensemble : les colonnes seront ancrées en haut à une structure de poutres associée à un caisson qui recouvrira les structures scénotechniques, en rappel de toiture de scène d’époque. Dans cet esprit de reprise, avec un degré d’abstraction, nous proposons un mur scénique dépourvu de modulations et d’ornements sculptés, dans son état « de base », -c’est-à-dire une structure mobile (voire démontable) en panneaux de bois massifs, qui peut toutefois accepter l’accrochage de panneaux décorés et d’autres éléments, selon, par exemple, une thématique de saison de spectacles. Il reste ainsi proche du mur du Swan, mais suffisamment flexible pour s’accorder avec les visions de scénographes contemporains (il peut également, par exemple, se déplacer en profondeur au cours d’une représentation).

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