Centre Culturel de l'Entente Cordiale - Château d'Hardelot - Le 19 septembre 2018 - 06h52
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Exposition de Nan Goldin, Fata Morgana "Fata Morgana"

 

NAN GOLDIN Fata Morgana.

 

Commissariat : Marie-Françoise Bouttemy, Château d’Hardelot
En partenariat avec Air France, le Centre régional de la photographie des Hauts de France
Exposition inédite conçue et réalisée par le Département du Pas-de-Calais
Le catalogue d’exposition Nan Goldin, Fata morgana, éditions Invenit, 80 pages est en vente à la boutique, à l’accueil du site (19€).

 

Révolutionnaire.

À la fin des années 1970, Nan Goldin est installée à New York, dans un loft sombre où elle photographie le quotidien de ses amis. Ils ont choisi la marginalité, à l’écart des valeurs officielles de l’Amérique. Ses images aux couleurs saturées, prises à la lumière artificielle, témoignent de sa vie et prennent la forme d’un journal intime où les sujets partagent avec l’artiste une proximité affective et physique.

La photographie est pour Nan Goldin une pratique naturelle, une façon d’exister.  Elle est ainsi l’une des photographes qui contribuent à transformer radicalement notre regard sur l’intimité et ses approches liées au sexe, à la drogue et au sida. En expérimentant la photographie de manière révolutionnaire, en produisant un genre nouveau à la frontière entre le reportage et l’esthétisme plastique, elle devient durant les années 1980 l’icône incontournable de la scène artistique underground new-yorkaise.

Fatiguée et lassée par les excès du monde de la nuit, hantée par l’autodestruction, elle décide en 1988 d’entrer dans une clinique spécialisée. Cette expérience l’amène au processus d’introspection et à la révélation de la lumière du jour.

 

Nature.

La photographie de paysage devient un thème à part entière dans son œuvre et accompagne sa nouvelle vie.  Elle privilégie les plans panoramiques pour ne pas détruire l’équilibre perçu d’un ensemble. Et lorsqu’un détail est souligné par un gros plan, c’est pour en privilégier sa valeur symbolique. Quant aux sujets, leur répertoire est modeste : paysage, ciel, mer, horizons, forêt, fleurs. La figure humaine rarement présente est souvent réduite à une silhouette frêle dans l’immensité de la nature. La nature s’anime parfois d’animaux isolés, souvent en gros plan, comme Holy Sheep, Rathmullen, Ireland, 2002, à résonance mystique.

Les premiers paysages réalisés à la fin des années 1980 sont effrayants par leur frontalité, mystérieux par le jeu d’ombres mobiles, et tristes par le chromatisme des noirs. Cette série de photographies est la partie la plus dure et la plus angoissée. Son point de vue reste purement autobiographique, la plupart des clichés sont pris dans les jardins des cliniques où elle effectue ses cures de désintoxication. Certains réalisés dans la lumière ambrée de fin de journée, les magic hours, mettent en évidence la nostalgie de l’artiste et expriment son goût pour les études atmosphériques, comme Autumn Sunset, Scotland, 1986. À partir des années 2000, Nan Goldin développe le goût du nomadisme pictural. Elle multiplie en effet les voyages en France, en Grande-Bretagne, en Irlande, en Égypte, et elle retourne régulièrement aux États-Unis. Les paysages rencontrés pendant la promenade deviennent nostalgiques et lyriques. Elle invente ainsi des paysages vaporeux aux tonalités monochromes, aux contours estompés, peuplés de souvenirs, comme Lavender Landscape, Buncrana, Ireland, 2002, à dominante pourpre, qui évoque Mark Rothko (1903-1970).

 

Instantanée.

La photographie de paysage de Nan Goldin est une action immédiate. Elle est produite de manière instantanée grâce à la lumière naturelle où les formes perdent leur sens, se confondent, où la figuration est troublée. Si la technique est proche du photographe amateur, l’artiste recherche avant tout à capter la nature pour restituer une émotion, un sentiment. Pour cela, la photographie bouge et doit être faite en une seule fois, de manière urgente. Nan Goldin affectionne d’ailleurs de prendre des photographies dans des situations de perception fugitive, en train, en voiture ou en marchant lors de ses itinérances à travers le monde. Son regard est celui d’un voyageur qui, par la prise de vue, prolonge l’instantané et arrive à un cliché flouté où couleur et esthétisme s’harmonisent délicatement.

 

Picturale.

Les paysages de Nan Goldin sont le fruit de ce que l’on appelle la promenade, dans une filiation qui remonte aux peintures romantiques allemandes du XIXe siècle. Au gré de ses voyages, elle sillonne les paysages du monde en l’absence d’objectif particulier.  La photographe revendique son appartenance à une vision picturale dont l’inspirateur majeur est le peintre paysagiste Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875). Ce qui capte notre attention en regardant la peinture du maître Paysage, matinée, environs de Beauvais, c’est la nature blanchâtre qui, derrière un léger brouillard transparent, laisse voir les arbres, les ramasseuses de bois, le lointain fuyant. Nan Goldin s’émerveille devant la simplicité des sensations exprimées par Corot. Leur goût pour la nature mouvante, vibrante, en prisme avec l’atmosphère et le mouvement, est largement partagé. Ce n’est plus la maîtrise de la représentation du monde qui prime, mais bien la continuité sensorielle et émotionnelle de l’image.

 

Sentimentale.

Nous constatons une curieuse dissonance entre le titre très factuel de ses images (indication du lieu et date) et la part d’imaginaire qui en sort. Nan Goldin oppose l’harmonie à la vérité prônée par la photographie. La nature n’est pas immobile, figée, mais au contraire bousculée par la vie intérieure de l’artiste. Chaque image fonctionne comme un portrait psychologique de l’artiste, un reflet de son âme. La nature est bousculée par son regard, mise à mal. Elle n’est pas bucolique malgré ses résonances parfois impressionnistes, plutôt mélancoliques ou oniriques. L’artiste développe alors une tendance qui consiste à décrire sa réalité subjective, que chacun peut ensuite interpréter selon sa propre sensibilité. »

 

Extrait du catalogue d’exposition

Nan Goldin Fata Morgana

éditions invenit, 2018

Tarif de la visite : 5 euros (visite du château + visite de l'exposition de Nan Goldin)

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