Propriétaire du château d'Hardelot de 1897 à 1922, John Robinson Whitley a fondé la station balnéaire d'Hardelot-Plage. Il a aussi une riche carrière dans l'industrie et l'ingienerie, découvrez-le via 5 objets conservés dans les collections du château.
John Robinson Whitley en 5 objets
Lincrusta
John Robinson Whitley est né en 1843 à Leeds. Il fait partie d’une famille d’industriels et d’ingénieurs. Son père, Joseph, a fondé la Whitley partners, à laquelle John est intégré dès la fin de ses études. Il rencontre Frederick Walton, qui a inventé le Linoleum dans les années 1860, et le Lincrusta dans les années 1870. John Robinson Whitley sait que le Lincrusta serait un bon investissement. Il s’embarque en 1881 pour les Etats-Unis avec sa sœur et son beau-frère, tous deux artistes, dont il est très proche, pour vendre l’invention. John Robinson Whitley commence la production du Lincrusta la même année mais il découvre en arrivant à New-York que les droits des motifs ont été vendus à une autre compagnie. En 1884, sa sœur Lizzie, rédige un livret pour expliquer le processus de création technique du Lincrusta : Practical Instructions on Lincrusta-Walton, by S.E. Le Prince, New York, Society of Decorative Art, 1884.[1]
Le Lincrusta est un mélange de poudre de bois et d’huile de lin. Les graphismes sont réalisés sous presse. C’est un matériau très solide qui a été beaucoup utilisé dans les établissements publics britanniques et américains : écoles, trains, hôpitaux, navires… La compagnie existe toujours aujourd’hui : https://lincrusta.com/about-us/#brand-story
Pour commémorer cet épisode de la vie de Whitley, et plus largement son lien avec l’industrie et l’ingénierie, l’escalier du château est recouvert du motif « Elizabeth », peint dans un rouge profond.
Buste du duc d’Argyll
John Robinson Whitley connaissait bien John Campbell, qu’il rencontre probablement lors de ses études. Campbell, héritier du clan écossais du même nom, aristocrate britannique, épouse Louise, fille de la reine Victoria, en 1871. Après une belle carrière diplomatique, il devient en 1900, à la mort de son père, le duc d’Argyll et le chef du clan Campbell. Lorsque John R. Whitley se lance dans la création d’Hardelot-Plage, à la fin des années 1890, le duc s’investit : en 1906, il inaugure le golf et en devient le premier président, en 1909-1910, il fait construire l’une des premières villas de la station. Il participe également au financement de la construction du tramway qui circulait entre Boulogne et Le Touquet.
L’abbé Thobois, auteur d’une histoire du château d’Hardelot, écrite à la demande de John R. Whitley et publiée en 1905 mentionne même que ce serait le duc d’Argyll qui, voyant le pittoresque du château et la beauté des forêts et de la mer toutes proches, aurait incité John R. Whitley à investir en particulier à cet endroit.
Des bustes du duc et de la duchesse d’Argyll sont exposés dans la chambre dédiée à la vie de John R. Whitley pour rappeler l’amitié et l’investissement de ces deux hommes dans l’histoire d’Hardelot-plage.
A sketch of the life and works of Mr John R. Whitley, 1912
John R. Whitley avait un certain talent pour mettre en valeur sa vie et son œuvre. Le château conserve et expose un petit ouvrage de 1912, publié en Français et en Anglais où ce qu’il a réalisé dans sa vie est compilé : travail d’industriel, mise en place d’expositions nationales américaine, italienne, française et allemande à Londres, début d’investissement à la station balnéaire du Touquet, John R. Whitley voulait qu’on se souvienne de ses accomplissements. Son travail à Hardelot-plage est mentionné mais ce n'est pas particulièrement développé, en effet, à cette date, son œuvre la plus pérenne n’a pas encore pris son envol…
La couverture du livre présente le blason d’Hardelot-plage, créé en 1905 par le Collège d’Armes de Londres à la demande de John R. Whitley. Il est composé d’une salamandre, d’une demi-rose et d’une demi-grenade, évoquant la rencontre des ambassadeurs des rois François Ier et Henry VIII au château d’Hardelot. La couronne de Charlemagne entre les deux évoque la supposée fondation du château d’Hardelot par ce roi légendaire. En dessous, le drakkar rappelle le passage des vikings dans les alentours du château au XIe siècle. Le blason est surmonté d’un quadrige romain et entouré des drapeaux Français et Anglais. Tout en bas, on trouve la devise d’Hardelot-plage, inventée par Whitley : « Gaudium adfero », « j’apporte la joie ».
Bateau à vapeur, la pointe du Touquet, E. Chigot, vers 1890
John R. Whitley connaissait bien les artistes locaux. Lors de son investissement dans la création du Touquet, au moins un salon artistique s’est tenu, sous la houlette d’Eugène Chigot, chef de file de l’Ecole d’Etaples avec Henri Le Sidaner. Les deux hommes se connaissaient puisqu’une photo d’eux ensemble existe, prise dans l’atelier de Chigot.
Par ailleurs, le livre d’or de Dorothy Whitley, conservé aux archives départementales du Pas-de-Calais, présente des dessins laissés par Chigot et Le Sidaner mais aussi par de grands artistes, Français, Anglais ou Anglo-saxons, de cette période : Phil May, Walter Crane, Dudley Hardy ou encore Harry Van Der Weyden.
La toile « bateau à vapeur, la pointe du Touquet » peint par Eugène Chigot vers 1890, des Collections départementales du Pas-de-Calais, est exposé dans le château, dans le bureau, pour évoquer son investissement au Touquet mais aussi ses liens avec les artistes de son temps.
Affiche originale du golf d'Hardelot, 1907
Cette affiche est dessinée par Henri Pollard, l’affichiste majeur de cette période, auteur de la plupart des affiches des chemins de fers et des destinations en lien avec eux. Tous les grands lieux touristiques de cette période ont été stylisés par Henri Pollard sur ses affiches.
John R. Whitley devait passer par lui s’il voulait passer faire connaître la station balnéaire d’Hardelot-plage naissante. L’affiche est aujourd’hui l’une des plus célèbres de la station.
John R. Whitley choisit de mettre en avant l’une des activités phares de sa station : le golf, susceptible de faire venir la Gentry[2] britannique et la bourgeoisie française. Mais le château d’Hardelot est représenté dès le deuxième plan, il est aussi mentionné en tant que lieu d’intérêt principal de la station. Suivent la plage et les forêts. En tête d’affiche, Whitley a choisi d’indiquer qu’Hardelot-plage a la vocation d’être « le berceau de l'Entente cordiale ». Un héritage que le lieu culturel qu’est aujourd’hui le château d’Hardelot continue de faire vivre.
[1] https://journals.openedition.org/1895/110#tocto1n4 (consulté le 24 mai 2024)
[2] bourgeoisie