L'automne dans les collections
L’importance de l’automne dans les arts
La nature est la première source d’inspiration des artistes. Des grottes de Lascaux jusqu’à nos jours, les éléments naturels imprègnent les réalisations artistiques des êtres humains. Les quatre saisons, qui rythment nos vies et symbolisent une mort et une renaissance permanente, ont intéressé les artistes dès l’Antiquité. Mais c’est à partir du Moyen-Âge et de la Renaissance que les quatre saisons deviennent un motif récurrent dans l’art, rattachées aux croyances chrétiennes de mort et de résurrection.
Le XVIIIe siècle voit naître un intérêt tout particulier pour l’automne. En effet, c’est l’époque de la naissance du mouvement Romantique. Ses adeptes célèbrent la mélancolie, les passions les plus violentes, le tourment, l’exceptionnel, l’excessif, la rupture avec les règles classiques. Ils considèrent l’automne comme la saison reflétant le mieux leurs idées et leurs ressentis. Elle est comme un miroir de leurs tempêtes intérieures. C’est la théorie du « paysage-état d’âme ». Ainsi, l’automne devient la saison la plus représentée dans les arts des XVIIIe et XIXe siècle.
Le domaine des arts décoratifs est lui aussi touché par cette ode à l’automne. Tous les objets de la maison : lustre, miroir, meuble, statuettes, chandeliers… peuvent chanter les couleurs de l’automne.
Un endroit en France est particulièrement riche de ces objets qui représentent l’automne. Et cet endroit, c’est le château d’Hardelot ! En effet, les collections exposées représentent majoritairement la saison automnale. La raison en est simple : le château présente des collections datant essentiellement du XIXe siècle, période clé pour l’automne dans l’art.
L’automne dans les collections
- Les lustres du billard sont de style Louis XVI, ce qui signifie qu’ils présentent une influence antique relativement présente avec la découverte, au XVIIIe siècle, des vestiges d’Herculanum et de Pompéi notamment. Ce retour à l’antique permet également un retour à plus de sobriété. Sur les lustres ici présents, le style antiquisant est bien présent avec la présence d’acanthe sur les branches, de visages de cariatides (très présente dans l’ameublement français au XVIIIe siècle) entre les branches et la nature, l’automne en particulier, est représentée via les pommes de pin sur le haut et la base du lustre et via la corne d’abondance au milieu du lustre.
- Le miroir de l’antichambre est très imposant. D’époque Napoléon III, il est doré à la feuille d’or et décoré de feuillages et de rinceaux qui rappellent encore la saison automnale. On distingue en effet des pommes de pin, des petits fruits qui ressemblent à des raisins.
- La fontaine à thé du salon date des années 1820, en cuivre et en laiton, a elle aussi un décor inspiré de l’antiquité. Les anses par exemple sont décorés de faunes qui sont les descendants du dieu Saturne, la divinité de l’agriculture, des récoltes et donc de l’automne. D’ailleurs autour de leur tête, on trouve deux grappes de raisins qui pendent. Sur le couvercle, on trouve une guirlande de feuilles et de fruits. On distingue notamment de glands et des raisins.
- Les rideaux de la salle à manger sont eux aussi évocateurs de l’automne. Il s’agit du motif « Forest » de la maison Morris & Co, créé en 2013 d’après une tapisserie de 1887 de William Morris lui-même. Sur ce motif, très dense, qui rappelle les tapisseries médiévales, on distingue notamment un lièvre et un renard. Ces animaux sont rattachés à la saison automnale. En effet, ces deux animaux sont chassés à partir de septembre, le lièvre pour sa viande (il y a d’ailleurs une recette nommée « lièvre d’automne"), le renard pour éviter sa multiplication. Ils sont chassés lors de la chasse à courre, qui est une pratique qui est née sur le sol britannique mais qui est interdite depuis 2005, exceptée en Irlande du Nord. Le paon rappelle quant à lui le dieu Pan, qui est, entre autres, le protecteur des chasseurs.
- Signalons la présence de cette sculpture représentant une perdrix dont la chasse se déroule également au début de l’automne. Il s’agit d’une œuvre de Ferdinand Pautrot, un sculpteur français spécialisé dans la représentation animalière. La qualité des détails, visible ici, caractérise son travail.
- Portrait de Charlotte Brontë. En dehors du fait que le roman le plus célèbre de cette écrivaine, « Jane Eyre », soit paru le 16 octobre 1847 (en plein cœur de l’automne donc), son œuvre regorge de liens avec cette saison. En effet, comme nous le disions en introduction, les arts des XVIIIe et XIXe siècles sont imprégnés de Romantisme, dont la saison favorite est l’automne. Charlotte Brontë, en particulier, a passé sa jeunesse à lire les plus grands auteurs romantiques anglais et notamment Lord Byron. Rien d’étonnant donc à retrouver une prégnance de l’automne dans son travail.
C’est à l’automne que Jane Eyre arrive dans la demeure de Mr Rochester, tous deux bien ténébreux et intriguant. Mais cet automne est baigné de lumière et de douceur, un signe précurseur des aventures à la fois terrifiantes et terriblement belles également de la jeune fille.
La demeure de Mr Rochester, Thornfield Hall, est par ailleurs un château très gothique. Jane Eyre est un personnage qui aime particulièrement les balades au grand air comme Charlotte Brontë pouvait les aimer elle-même, dans sa lande natale. L’automne est une saison propice aux balades dans le Yorkshire car il est souvent souvent synonyme de températures douces, de pluies plus rares et donc d’un ensoleillement bienvenu. Enfin, la bruyère, si répandue dans les landes du Yorkshire, fleurit au cours de l’été et garde ses couleurs vives jusqu’à l’entrée dans l’hiver. C’est donc à l’automne que les paysages du Yorkshire sont les plus beaux et c’est pour cela que l’intrigue du roman se passe principalement à cette période et que les adaptations du livre sont souvent filmées au cours de cette même saison.
- Le miroir exposé dans la chambre rappelle l’ambiance de la salle à manger. En effet, nous retrouvons un fronton représentant une allégorie de la chasse. On y trouve deux lévriers se faisant face. Le lévrier a été un chien utilisé pour la chasse jusqu’en 1844 en France. Il a été interdit car jugé trop indépendant du chasseur dans la chasse. Dans le médaillon central, on trouve d’ailleurs un homme habillé en tenue de chasseur avec ce chapeau si caractéristique, celui de la chasse à courre. Les lévriers appuient leurs pattes sur une branche de chêne garnie de glands, tandis que des feuilles de chêne entourent les lévriers. Les glands poussent durant l’été et se récoltent courant octobre.
- Le papier peint de la chambre évoque lui aussi les belles couleurs de l’automne. Il s’agit du motif Artichoke de chez William Morris. Le célèbre artiste l’a créé en 1898 avec des couleurs chatoyantes. Depuis l’entreprise l’édite dans cette couleur qui se nomme « wine » où l’on retrouve ces teintes bordeaux si chaleureuses, qui donnent envie de lover au coin du feu. On retrouve aussi des éclats mordorés qui rappellent la couleur solaire des feuilles en automne.
- Les champignons naturalisés présentés dans le cabinet de curiosités du château permettent de voir 11 espèces de champignons. Les champignons sont, bien sûr, emblématiques de l’automne. Parmi ceux que nous avons ici, on trouve :
- Vesse de loup : champignon hallucinogène
- Coprin chevelu : champignon typique de l’automne mais on peut en trouver aussi au printemps, à ne pas confondre avec le coprin noir d’encre qui est toxique
- Amanite tue mouche : champignon hallucinogène et toxique qui peut conduire à la mort.