Propriétaire du château d'Hardelot entre 1848 et 1865, cet Anglais a eu une vie riche et mouvementée, découvrez-le en 5 dates clés.

Publication

Mémoire d'opale n°11, 2019, Sir John Hare, knight of the château d’Hardelot, Mathilde Codron


En 1848, John Hare rachète le château d’Hardelot. Pourquoi un Anglais a-t-il pris tellement à
coeur les ruines d’un château fort du Boulonnais ? L’auteure, médiatrice culturelle au Centre
Culturel de l’Entente Cordiale nous livre le résultat de ses recherches.

 

1830

Des élections majeures ont lieu cette année-là au Royaume-Uni. Elles sont mouvementées car les questions de l’élargissement du droit de vote et de l’abolition de l’esclavage sont au centre des débats. A Bristol, qui est le troisième port négrier anglais derrière Liverpool et Londres, ces questions ne sont pas anecdotiques. La famille Hare prend position fermement pour l’abolition et elle est très investie en politique. Le bras droit de Protheroe n’est autre que John Hare lui-même. Fervent défenseur de l’abolition de l’esclavage, ce dernier a des rapports tendus avec Christopher Claxton, bras droit de l’autre candidat Whig, négrier et donc partisan du maintien de l’esclavage. Provocation en duel, invasion des usines John Hare and Co et débats tendus sont le quotidien de John Hare durant plusieurs mois. Il faudra attendre 1832 pour voir le vote du Great Reform Act qui élargit le droit de vote à tous les hommes et abolit l’esclavage. C’est une victoire pour la famille Hare. John Hare devient même, sans doute dès sa création en 1836, membre du Reform Club, bastion londonien de la pensée libérale et progressiste.

1840

Le 10 février 1840, la reine Victoria épouse Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. John Hare assiste au mariage. Il représente son père, décédé quelques mois plus tôt, et prononce un discours au nom de la ville de Bristol devant les jeunes époux et l’assemblée. Suite à ce discours, il demande aussitôt à être anobli via l’entremise de Lord Segrave. Sa requête est refusée poliment mais fermement par le secrétariat de Lord Melbourne, premier ministre de la jeune reine. En effet, il est possible d’être anobli mais après avoir prononcé un discours lors du couronnement du souverain et non lors de son mariage. Mais John Hare s’entête et fait appel à l’un de ses proches, Mr Berkeley, membre du parlement représentant Bristol, pour plaider en sa faveur. C’est lui, Berkeley, qui va œuvrer pour que John Hare soit anobli. De nombreuses lettres sont conservées au archives de Bristol et témoignent du temps et de la difficulté de la tâche. Il va finalement réussir et John Hare est anobli le 1er juillet 1840 à St James Palace par la reine Victoria. C’est à partir de cette date qu’il devient Sir John Hare.

1848

Sir John Hare rachète le château d’Hardelot le 19 août 1848 pour 7 000 Francs. La plupart des historiens locaux du XIXe siècle qui ont écrit sur le château d’Hardelot insistent sur le fait qu’il a réalisé des fouilles archéologiques dans l’enceinte. Les archéologues du Département du Pas de Calais, qui ont eux-mêmes fouillé le site, affirment que ces investigations ont été correctement réalisées. D’après eux, il est possible que Sir John Hare ait fait appel à une équipe d’archéologues et que des notes archéologiques aient pu être tenues. Même si ces notes n’ont pas encore été retrouvées, une vente, réalisée après la mort de Sir John Hare, donne une idée de ce qu’il a pu retrouver dans les sols du château d’Hardelot : un trident, des épées et une caisse d’épées, un bouclier, des casques et ferrailles. Cela, cependant, semble être la partie pauvre des trouvailles d’après les archéologues actuels.

Dans un guide touristique édité du vivant de Sir John Hare, il est indiqué que les touristes Français ou Anglais peuvent voir cette collection car elle est exposée dans l’une des tours du château, l’actuel donjon.

[photo du donjon]

1855

Sir John a fait reconstruire une tour qui apparait au cadastre de 1855.

Cette parcelle : C548 englobe la seule tour du château actuel encore debout à sa hauteur initiale. Il s’agit donc probablement de la tour rebâtie par Sir John Hare. Cette tour, le seul bâtiment à être nommé dans le guide Merridew de 1863, servait de lieu d’exposition pour les découvertes archéologiques.

Il semble que Sir John Hare ait préféré adopter une démarche très respectueuse vis-à-vis de son château, très « historique ».

1855 est aussi l’année où apparait une maison nommée « Hardelot villa » dans le quartier chic de Bristol : Clifton. Sir John Hare, en parallèle de ses travaux au château d’Hardelot, fait construire une maison cossue dans sa ville natale, à laquelle il donne le nom d’Hardelot. Elle portait toujours ce nom en 2018.

© Martin Argyroglo

1865

Sir John Hare meurt le 2 février 1865 au 22, rue Napoléon à Boulogne-sur-Mer d’une bronchite. Il est enterré à Saint-Léonard. Sur sa pierre tombale, il est inscrit :

« Sacred to the memory of Sir John Hare knight of the château d’Hardelot Condette France

Hardelot Villas Clifton Bristol

Born at Bristol the 20th September 1786

Died at Boulogne the 2nd February 1865 »

Sir John Hare a donc tenu à se présenter comme chevalier du château d’Hardelot avant même d’indiquer son adresse anglaise d’Hardelot villa. C’est dire l’affection et l’importance qu’il portait à ces ruines.